L'ordonnance de protection : agir vite face aux violences
Droit pénal de la famille

L'ordonnance de protection : agir vite face aux violences

En cas de danger immédiat, appelez le 17 (police-gendarmerie) ou le 112 (urgence européenne). Si vous ne pouvez pas parler, envoyez un SMS au 114 (gratuit, 24h/24). Le 3919 (Violences Femmes Info) est un service d'écoute anonyme et gratuit. Un signalement en ligne est possible à tout moment sur service-public.fr/cmi. Si une autre personne a accès à cet appareil, pensez à effacer votre historique de navigation.

Introduction

Vous vivez sous la menace de votre conjoint ou de votre ex-partenaire. Vous vous demandez comment vous protéger, vite, sans attendre des mois de procédure. Vous n'êtes pas seul à vous poser cette question, et le droit français prévoit une réponse rapide.

Cette réponse porte un nom : l'ordonnance de protection. C'est une décision de justice prise en urgence pour vous mettre en sécurité, vous et vos enfants, face à des violences conjugales.

Dans cet article, vous allez comprendre concrètement ce qu'est cette mesure, qui peut la demander, comment saisir le juge, quelles preuves réunir et quelles décisions le juge peut prendre. Nous verrons aussi pourquoi certaines demandes sont refusées, un point souvent passé sous silence. Notre objectif : vous donner des repères clairs pour agir, tout en sachant qu'un accompagnement personnalisé reste souvent décisif.

Qu'est-ce qu'une ordonnance de protection ?

Une ordonnance de protection est une décision du juge aux affaires familiales (le magistrat chargé des litiges de famille) prise en urgence. Elle impose des règles strictes à la personne violente pour l'empêcher de nuire, le temps qu'une solution durable se dessine.

Elle figure aux articles 515-9 à 515-13-1 du Code civil, créés par la loi n° 2010-769 du 9 juillet 2010. La procédure suit les articles 1136-3 à 1136-14 du Code de procédure civile. Depuis la loi n° 2024-536 du 13 juin 2024, elle peut être délivrée même lorsque seuls les enfants sont en danger.

Attention à ne pas confondre. Ce n'est pas une plainte pénale : la plainte ouvre une enquête, l'ordonnance organise immédiatement la séparation. Ce n'est pas une main courante : celle-ci date votre parole sans produire aucune interdiction. Ce n'est pas un divorce ni une étape obligatoire de celui-ci.

Concrètement : imaginez que votre époux vous menace après votre départ du domicile. Vous pouvez demander une ordonnance de protection sans avoir déposé plainte, et sans avoir engagé de procédure de divorce.

Qui peut la demander et sous quelles conditions ?

Le dispositif protège les époux, les partenaires de PACS (personnes liées par un pacte civil de solidarité) et les concubins, qu'ils vivent ensemble ou non. Il vise aussi les anciens conjoints, même sans vie commune passée. Depuis 2024, un parent dont les enfants sont exposés aux violences peut agir, même s'il n'est pas lui-même en danger.

Le dispositif n'est pas réservé aux femmes. Dans un arrêt du 13 juillet 2016, la Cour de cassation a statué sur une demande formée par un mari se disant victime de son épouse (Cass. 1re civ., 13 juillet 2016, n° 14-26.203).

Le juge délivre l'ordonnance s'il juge vraisemblables deux conditions cumulatives (article 515-11 du Code civil) :

  • la commission des violences (physiques, psychologiques, sexuelles, économiques, cyberviolences, emprise) ;
  • le danger auquel la victime ou les enfants sont exposés.

Le point clé : rien n'a à être prouvé de façon certaine. Il suffit que le juge tienne les faits pour vraisemblables. C'est une exigence bien inférieure à celle du procès pénal, et c'est ce qui permet de statuer en quelques jours.

Bon à savoir : le dépôt de plainte n'est pas exigé. L'article 515-10 du Code civil, depuis la loi du 28 décembre 2019, le dit expressément. Cette règle vaut aussi bien pour les couples mariés que pour ceux vivant en union libre ou concubinage.

Quelles preuves réunir pour convaincre le juge ?

La preuve est libre, sous réserve d'être loyale et proportionnée. Vous n'avez pas à apporter une preuve complète : vous devez réunir un faisceau d'indices (un ensemble d'éléments concordants) suffisant.

Sont utiles : certificats médicaux circonstanciés, comptes rendus d'urgences, mains courantes, dépôts de plainte, procès-verbaux d'audition, attestations de témoins ou d'associations, messages écrits, courriels, photographies, constats de commissaire de justice.

Attention, la main courante ne prouve pas ce qu'elle raconte. Elle date votre déclaration, sans établir les faits. Un juge a rejeté une demande reposant uniquement sur des « déclarations de main courante ne mentionnant que ses propres déclarations » (TGI Pontoise, JAF, 16 juillet 2015, n° 15/04002).

Prenons le cas d'un enregistrement fait à l'insu de l'autre. En principe, ce procédé est déloyal et la preuve est irrecevable. Mais elle peut être admise si elle est indispensable et proportionnée. La cour d'appel de Paris a écarté l'enregistrement d'un tiers, tout en admettant six enregistrements de conversations entre les époux eux-mêmes (CA Paris, pôle 3 ch. 2, 23 mars 2021, RG n° 21/01409). Enregistrer son conjoint peut passer ; enregistrer un tiers, non.

Comment saisir le juge et dans quel délai ?

La demande se porte devant le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire. La compétence suit la résidence du défendeur ou, s'il y a des enfants mineurs, celle du parent chez qui ils vivent (article 1070 du Code de procédure civile).

Vous saisissez le juge par une requête remise au greffe (article 1136-3). Un formulaire existe : le Cerfa n° 15458*05. La requête doit exposer les motifs et être accompagnée des pièces, à peine de nullité. Il s'agit d'une nullité de forme, qui suppose un grief démontré (Cass. 1re civ., 16 novembre 2022, n° 21-15.095).

L'avocat n'est pas obligatoire : la procédure est orale (article 1136-6). Le juge peut prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle (article 515-11, 7°). Cela dit, le délai se compte en jours et une requête incomplète se rattrape difficilement.

Concernant le délai, la loi fixe six jours au maximum. Mais ce délai court à compter de la fixation de la date d'audience, non du dépôt de la requête (article 515-11, alinéa 1er). Dans les dossiers documentés suivis par le cabinet, l'écart entre dépôt et décision a été de six à douze jours selon les circonstances. Ces ordres de grandeur restent indicatifs et ne préjugent d'aucune situation particulière.

Que peut décider le juge et pour combien de temps ?

Le juge ne peut prononcer que les mesures énumérées à l'article 515-11 du Code civil. Il ne peut pas, dans ce cadre, accorder des dommages-intérêts.

Il peut notamment :

  • interdire d'entrer en contact avec vous (1°) ;
  • interdire de paraître dans certains lieux : domicile, travail, école des enfants (1° bis) ;
  • interdire de détenir ou porter une arme, et ordonner sa remise (2° et 2° bis) ;
  • attribuer la jouissance du logement conjugal (3°) ;
  • attribuer la jouissance de l'animal de compagnie (3° bis) ;
  • statuer sur l'autorité parentale, le droit de visite et l'entretien des enfants (5°) ;
  • autoriser à dissimuler votre domicile (6°).

Depuis 2024, l'attribution du logement revient en principe au conjoint qui n'est pas l'auteur des violences, sauf motivation spéciale. Concernant les enfants, le juge peut confier l'exercice de l'autorité parentale à un seul parent si leur intérêt le commande (Cass. 1re civ., 5 février 2025, n° 23-13.181).

La durée maximale est de douze mois depuis la loi du 13 juin 2024 (contre six auparavant). Le point de départ est la notification. Beaucoup de sites indiquent encore l'ancienne durée : votre date de fin figure sur l'acte reçu (article 1136-7 du Code de procédure civile).

Ordonnance de protection, divorce et sanctions

L'ordonnance ne vaut pas divorce. Mais les deux se croisent souvent. Si un divorce est engagé avant l'expiration des mesures, celles-ci continuent jusqu'à la décision définitive (article 1136-13).

Attention à un mécanisme précis. Quand le juge rend l'ordonnance d'orientation et sur mesures provisoires du divorce, celle-ci reprend la main sur le logement et les enfants (3° et 5°). Mais les interdictions de contact et de paraître, elles, survivent.

Ne pas respecter l'ordonnance est un délit puni de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende (article 227-4-2 du Code pénal). Réflexe essentiel : conservez l'acte de signification. Il établit la date d'entrée en vigueur des obligations. Un non-lieu a été confirmé faute de production de cette signification (Cass. crim., 3 décembre 2025, n° 25-80.837).

Conseils pratiques : que faire dans cette situation ?

  • Mettez-vous d'abord en sécurité : en cas de danger immédiat, appelez le 17 avant toute démarche juridique.
  • Rassemblez vos preuves : certificats médicaux, messages, attestations, photographies, tout élément rendant les violences et le danger vraisemblables.
  • Ne comptez pas sur la seule main courante : elle date votre parole mais ne prouve rien à elle seule.
  • Documentez le danger actuel : signalez les menaces récentes, les tentatives de contact, la proximité géographique.
  • Récupérez le formulaire Cerfa n° 15458*05 au greffe, dans un point d'accès au droit ou en ligne.
  • Déposez un dossier complet : le juge est rapide, ce qui retarde tout, c'est un dossier incomplet.
  • Conservez précieusement l'acte de signification : il conditionne la sanction en cas de non-respect.

FAQ : les questions que vous vous posez

Dois-je porter plainte avant de demander une ordonnance de protection ?

Non. La loi ne l'exige pas, et l'article 515-10 du Code civil le dit expressément depuis 2019. La plainte reste un élément utile parmi d'autres, mais son absence ne peut pas, à elle seule, justifier un refus. Certains juges la réclamaient en pratique : la loi a précisément voulu mettre fin à cette exigence non prévue par les textes.

En combien de temps le juge décide-t-il ?

Six jours au maximum. Mais attention : ce délai court à compter de la décision qui fixe la date d'audience, non du jour du dépôt de votre requête (article 515-11, alinéa 1er du Code civil). C'est ce qui explique l'écart entre le délai annoncé et le temps réellement vécu. La procédure reste toutefois réellement rapide, à condition que votre dossier soit complet dès le dépôt.

Puis-je l'obtenir si nous ne vivons plus ensemble, ou jamais ?

Oui. Depuis la loi du 13 juin 2024, le texte le prévoit expressément, y compris lorsqu'il n'y a jamais eu de vie commune. Le législateur a voulu mettre fin aux refus fondés sur ce seul motif. L'ordonnance protège les époux, partenaires et concubins actuels comme anciens, quelle que soit leur situation de cohabitation.

Est-ce que cela change quelque chose pour la garde des enfants ?

Cela peut. Dans l'ordonnance, le juge se prononce sur l'exercice de l'autorité parentale et sur le droit de visite. Il peut même confier l'autorité parentale à un seul parent si l'intérêt de l'enfant le commande (Cass. 1re civ., 5 février 2025, n° 23-13.181). Ces mesures cèdent ensuite devant celles du juge du divorce, comme le rappellent les règles sur la résidence des enfants en cas de divorce.

Pourquoi certaines demandes sont-elles refusées ?

Parce que le danger doit être actuel, pas seulement passé. Un panorama de jurisprudence 2020-2022 relève que huit décisions sur dix-huit rejettent la demande, souvent faute de danger vraisemblable. Les motifs fréquents : violences isolées, absence de fait nouveau depuis la séparation, éloignement géographique, mesures pénales déjà en place jugées suffisantes.

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Chaque dossier appelle une analyse au cas par cas : les éléments à réunir, la juridiction à saisir et les mesures à solliciter dépendent de votre situation. Fort de son expérience en droit de la famille, le cabinet Fain Avocats accompagne aussi bien les personnes qui sollicitent une ordonnance de protection que celles qui font l'objet d'une demande.

Pour un premier échange, contactez-nous via fain-avocats.fr, par courriel à contact@fain-avocats.fr ou au +33 1 40 68 02 37.

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